Pourquoi tant de Parisiens veulent-ils partir aujourd'hui ?
« Je crois qu’on a besoin de se reconnecter, non pas à nos ordinateurs, mais à la réalité de la vie », explique Fabienne Kraemer. Quitter Paris n’est plus un phénomène marginal. Cette envie massive de départ révèle un besoin profond de sens et de reconnection à l’essentiel.
Le confinement a agi comme un révélateur. « C’est le post-confinement qui a été plus difficile pour mes patients parisiens », confie la psychanalyste. « La question du sens de la vie s’est posée : est-ce que je veux prendre le risque d’être confiné régulièrement dans ma ville ? »
Le syndrome de la ville nourricière
Paris nous a habitués à une forme de passivité : tout est accessible, ouvert tard, disponible immédiatement. Mais cette facilité cache une déconnexion profonde. « Mes propres enfants n’ont connu que les supermarchés », témoigne Fabienne.
Beaucoup de ses patients expriment aujourd’hui le besoin de savoir « faire quelque chose de leurs mains », de comprendre d’où vient leur nourriture, de retrouver un lien tangible avec le réel.
Les bonnes questions avant de quitter Paris
1. Votre envie de partir est-elle vraiment la vôtre ?
Premier réflexe essentiel : identifier que votre mal-être vient effectivement de votre environnement urbain. « Il y a plein de gens qui sont à Paris, qui ne vont pas bien et qui n’ont pas encore conscience que leur problème, c’est d’être à Paris », observe Fabienne Kraemer.
Questions à vous poser :
- Depuis quand cette envie de partir revient-elle ?
- Avez-vous déjà essayé de changer des éléments de votre vie parisienne sans succès ?
- Vous sentez-vous étouffer dans votre logement, votre rythme, votre environnement ?
2. Fuyez-vous quelque chose ou construisez-vous vers quelque chose ?
« Fuir n’est pas un projet en soi« , insiste la psychanalyste. Cette distinction est capitale pour réussir son départ.
Pour différencier fuite et projet :
- Projetez-vous dans 5 ans : où êtes-vous, que faites-vous, dans quelles conditions ?
- Quels éléments positifs souhaitez-vous créer dans votre nouvelle vie ?
- Avez-vous une vision excitante de votre futur quotidien ?
« Moi, si je dois résumer ce qui m’a fait partir de Paris, c’est le ciel bleu. Je voulais une belle lumière », raconte Fabienne. Son critère émotionnel, non négociable, a guidé tout son projet.
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3. Êtes-vous capable d'identifier votre désir profond ?
Le numérique et le rythme parisien nous coupent souvent de nos véritables aspirations. « Très souvent, quand je dis à mes patients ‘imaginez-vous dans 5 ans’, ils en sont incapables », constate Fabienne Kraemer.
Exercice pratique : Imaginez que vous n’êtes plus en couple, sans enfants, et projetez-vous dans un monde idéal dans 5 ans. Où êtes-vous ? Cette visualisation révèle vos désirs profonds, débarrassés des contraintes actuelles.
4. Si vous partez en couple : vos projets individuels s'alignent-ils ?
« Au sein d’un projet à 2, il faut que ce soit aussi un projet individuel », précise la psychanalyste. Chaque partenaire doit identifier ce que ce changement lui apportera personnellement.
Questions pour les couples :
- Qu’est-ce que CE changement vous apporte à vous, individuellement ?
- Vos motivations sont-elles complémentaires ou dépendantes ?
- Acceptez-vous d’avoir des rythmes d’adaptation différents ?
Comment transformer l'envie en action ?
Accepter une part de folie et d'imprévu
« Il faut qu’il y ait toujours un brin de folie. Il faut accepter de ne pas savoir si on se fragilise, si on se précarise », explique Fabienne. La recherche de conditions « parfaites » paralyse souvent plus qu’elle ne protège.
Identifier votre critère non négociable
Comme Fabienne avec sa « belle lumière », trouvez l’élément essentiel qui guidera vos choix. Ce peut être :
- La proximité avec la nature
- Un environnement culturel riche
- La possibilité d’avoir un jardin
- Être près de la famille
« Si par exemple ce qui vous fait rêver, c’est la mer, alors il ne faut pas céder sur la mer. Le reste viendra après. »
Préserver l'accessibilité
« Il ne faut pas confondre isolement et solitude », met en garde la psychanalyste. Quitter Paris ne signifie pas se couper du monde. Gardez un accès raisonnable aux transports, à vos proches, à la culture qui vous nourrit.
Les 3 écueils à éviter absolument
1. Partir uniquement pour fuir
Sans projet positif, vous risquez de reproduire les mêmes schémas ailleurs. « Les impôts, les factures, les emmerdes, tout vient avec nous. »
2. Négliger l'accessibilité
S’isoler complètement peut générer frustration et sentiment d’enfermement, surtout dans les premiers mois d’adaptation.
3. Repousser indéfiniment la décision
« La vie, ça nécessite de la rêver ET de la vivre », rappelle Fabienne. Le perfectionnisme peut devenir un frein paralysant.
Le témoignage de Fabienne :
"Pour la première fois, je me sens chez moi"
Partie par amour rejoindre son compagnon en Irlande, Fabienne a découvert les consultations à distance. Revenue à Paris, elle a vécu 4 ans entre la capitale et la Provence avant de trancher définitivement.
« Un jour, en août, j’ai dit à mon mari : ‘Je crois qu’on ne va pas remonter.’ J’ai fait l’école buissonnière. C’était un moment extraordinaire. »
Aujourd’hui installée près d’Arles, elle témoigne : « J’ai vécu 56 ans à Paris sans jamais me sentir chez moi nulle part. C’est la première fois que je me sens chez moi quelque part, alors que je n’ai aucune attache ici. Mais c’est un choix délibéré. »
Vos 3 conseils pour réussir votre départ
- Décentralisez Paris dans votre esprit Cessez de considérer Paris comme le centre du monde. Vous n’allez pas « dégringoler socialement » en partant.
- Partez pour réaliser un rêve Offrez-vous quelque chose d’impossible à Paris : l’école Montessori pour vos enfants, un atelier d’artiste, un grand jardin…
- Donnez du temps à votre nouveau projet « Il faut donner sa chance au nouvel endroit de nous rendre heureux. C’est peut-être le moment de la persévérance et de l’ancrage. »
Quitter Paris n’est pas un échec mais une évolution.
C’est accepter que « ce qui nous convenait à 30 ans ne nous convient plus à 40 ». En questionnant sincèrement vos motivations et en construisant un projet positif, vous transformez une simple envie de fuite en véritable renaissance.
Vous hésitez encore ?
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